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Medication Management

Abréviations d'ordonnance décodées : comprendre ce que prescrit votre médecin

QD, BID, TID, PRN, AC, PC, SL, PO : les abréviations médicales des ordonnances restent obscures pour la majorité des patients. Tableau de référence et liste ISMP 2024 inclus.

AAbraham CarreolaApr 09, 20267 min de lecture8 vues
Abréviations d'ordonnance décodées : comprendre ce que prescrit votre médecin

Pourquoi les ordonnances utilisent des abréviations latines

Les abréviations médicales figurant sur les ordonnances trouvent leur origine dans la terminologie latine héritée de la médecine médiévale. À une époque où le latin était la langue universelle de la science, les prescripteurs utilisaient des formules abrégées pour gagner du temps et standardiser les instructions entre praticiens de langues différentes. Aujourd'hui, ces abréviations persistent dans la pratique clinique, même si de nombreux organismes de santé recommandent l'utilisation du français clair sur les ordonnances destinées aux patients.

Le problème est double. D'une part, les patients reçoivent souvent des ordonnances comportant ces abréviations sans en comprendre le sens. D'autre part, certaines abréviations sont ambiguës et constituent elles-mêmes une source d'erreurs médicamenteuses. L'Institute for Safe Medication Practices (ISMP), dans sa mise à jour 2024, a identifié plus de 20 abréviations à risque d'erreur et recommande leur abandon.

Les abréviations de fréquence : combien de fois par jour

AbréviationOrigine latineSignificationExemple pratique
QDQuaque dieUne fois par jourLévothyroxine 50 µg QD le matin
BIDBis in dieDeux fois par jourAmoxicilline 500 mg BID
TIDTer in dieTrois fois par jourIbuprofène 400 mg TID
QIDQuater in dieQuatre fois par jourParacétamol 500 mg QID
Q8HQuaque 8 horaToutes les 8 heuresAntibiotique Q8H (y compris la nuit)
Q12HQuaque 12 horaToutes les 12 heuresAntiviral Q12H
PRNPro re nataSi nécessaire, en cas de besoinParacétamol 1 g PRN (max 4 g/jour)
QHSQuaque hora somniAu coucherMélatonine 2 mg QHS

La distinction entre TID (3 fois par jour) et Q8H (toutes les 8 heures) est cliniquement importante. TID signifie habituellement matin, midi et soir, aux repas. Q8H signifie toutes les 8 heures exactement, y compris pendant la nuit si nécessaire. Pour un antibiotique dont l'efficacité dépend du maintien d'une concentration plasmatique constante, Q8H est plus approprié que TID.

Les abréviations relatives aux repas

AbréviationOrigine latineSignificationPourquoi c'est important
ACAnte cibumAvant les repasCertains médicaments sont mieux absorbés à jeun (ex. lévothyroxine, IPP)
PCPost cibumAprès les repasProtège l'estomac (AINS) ou améliore l'absorption (certains antifongiques)
CCCum cibumPendant les repasRéduit les nausées et améliore la tolérance digestive

"Avant les repas" signifie généralement 30 à 60 minutes avant de manger. La lévothyroxine, par exemple, doit être prise au moins 30 minutes avant le petit-déjeuner pour une absorption optimale. Les inhibiteurs de la pompe à protons (oméprazole, pantoprazole) doivent être pris 30 minutes avant le premier repas de la journée.

"Après les repas" signifie dans les 30 minutes suivant la fin du repas. L'ibuprofène pris après manger est mieux toléré sur le plan gastrique. Certains antifongiques comme l'itraconazole en capsules nécessitent un repas gras pour une absorption adéquate.

Les abréviations de voie d'administration

AbréviationSignificationPrécision
POPer os (par la bouche)Voie la plus courante ; avaler avec un verre d'eau
SLSublingual (sous la langue)Ne pas avaler ; laisser fondre sous la langue (ex. nitroglycérine)
PRPer rectumSuppositoires
TOPTopique (application locale)Crèmes, pommades, gels
INHInhalationAérosols, poudres pour inhalation
IMIntramusculaireInjection dans le muscle (réservée aux professionnels de santé)
SC / SQSous-cutanéeInjection sous la peau (insuline, héparine, auto-injecteurs)
IVIntraveineuseInjection directe dans la veine (hospitalier)
OD / OS / OUOeil droit / gauche / les deuxPour les collyres et pommades ophtalmiques

La voie sublinguale (SL) est souvent mal comprise. Un comprimé sublingual ne doit pas être avalé : il doit fondre sous la langue pour permettre une absorption directe dans la circulation sanguine via le réseau veineux sublingual. C'est le cas de la nitroglycérine pour l'angine de poitrine et de certaines formes de buprénorphine. Avaler un comprimé sublingual réduit considérablement sa biodisponibilité, car le médicament subit alors le premier passage hépatique.

La liste ISMP 2024 : abréviations à ne plus utiliser

L'ISMP publie régulièrement une liste d'abréviations considérées comme dangereuses en raison de leur ambiguïté. Voici les principales :

  • U (pour unités) : peut être confondu avec un 0, entraînant une dose 10 fois supérieure. L'ISMP recommande d'écrire "unités" en toutes lettres.
  • IU (unités internationales) : peut être lu comme IV (intraveineux). Écrire "unités internationales" en entier.
  • QD : le point après le Q peut être lu comme un I, transformant QD (1 fois/jour) en QID (4 fois/jour). Écrire "une fois par jour".
  • QOD (un jour sur deux) : peut être confondu avec QD. Écrire "un jour sur deux".
  • µg : le symbole µ peut être lu comme "m", transformant des microgrammes en milligrammes (facteur 1 000). Écrire "mcg" ou "microgrammes".
  • SC : peut être confondu avec SL (sublingual). Écrire "sous-cutanée" ou utiliser "SubQ".

En France, l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) et la HAS (Haute Autorité de santé) recommandent également la rédaction des ordonnances en français clair, sans abréviation. Malgré ces recommandations, les abréviations latines persistent dans la pratique quotidienne, d'où l'intérêt pour les patients de savoir les décoder.

Que faire si vous ne comprenez pas votre ordonnance

  • Demandez au prescripteur : avant de quitter le cabinet, relisez l'ordonnance et posez des questions sur tout ce que vous ne comprenez pas. Les médecins sont tenus de s'assurer que le patient comprend son traitement.
  • Consultez votre pharmacien : lors de la délivrance, le pharmacien vérifie l'ordonnance et peut vous expliquer chaque indication en détail. N'hésitez pas à demander une reformulation en langage courant.
  • Notez les instructions en clair : si votre ordonnance mentionne "Amoxicilline 500 mg TID PC x 7j", notez sur une feuille à part : "Amoxicilline 500 mg, 3 fois par jour après les repas, pendant 7 jours". Cette traduction personnelle est votre meilleur allié pour une prise correcte.
  • Utilisez un outil de suivi : une application de gestion de médicaments vous permet de saisir le nom du médicament, la dose, la fréquence et les instructions de prise, puis de recevoir des rappels automatiques aux bons horaires.

Les erreurs les plus fréquentes liées aux abréviations

Les erreurs de lecture d'ordonnance ne sont pas des anecdotes isolées. Une étude rétrospective menée dans 36 hôpitaux français sur cinq ans a recensé plus de 4 500 erreurs médicamenteuses directement attribuables à des abréviations mal interprétées. Les trois scénarios les plus courants méritent d'être détaillés.

Le premier concerne la confusion entre QD et QID. Lorsque le prescripteur écrit "QD" à la main, le D peut être lu comme "ID" par le pharmacien ou l'infirmier, transformant une prise quotidienne en quatre prises quotidiennes. Pour un antihypertenseur, cette erreur quadruple la dose et peut provoquer une hypotension sévère avec risque de chute, en particulier chez les personnes âgées. Pour un anticoagulant, les conséquences peuvent être hémorragiques et potentiellement mortelles.

Le deuxième scénario fréquent concerne l'unité "U" pour les unités d'insuline. Écrire "10U" à la main peut être lu comme "100" si le U est mal formé. Le patient reçoit alors dix fois la dose prescrite. Ce type d'erreur a conduit la Joint Commission on Accreditation of Healthcare Organizations (JCAHO) à imposer l'écriture en toutes lettres du mot "unités" dans tous les établissements de soins accrédités aux États-Unis. En France, cette recommandation est reprise par l'ANSM dans ses guides de bonnes pratiques de prescription.

Le troisième scénario concerne les formes pharmaceutiques. L'abréviation "cp" (comprimé) peut être confondue avec "càc" (cuillère à café) sur une ordonnance manuscrite. Un patient qui devrait prendre un comprimé de 500 mg se retrouve à mesurer une cuillère à café d'un sirop dont la concentration est totalement différente. Ce type de confusion est rare avec les ordonnances informatisées, mais les prescriptions manuscrites représentent encore une part significative des ordonnances en médecine de ville.

La solution passe par la prescription en français clair, l'informatisation systématique des ordonnances et la vérification croisée entre prescripteur, pharmacien et patient. Si une ordonnance vous semble ambiguë, contactez le cabinet médical avant de prendre le médicament. Aucun professionnel de santé ne reprochera jamais à un patient d'avoir posé une question de clarification.


Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas l'avis, le diagnostic ou le traitement d'un professionnel de santé. Demandez toujours l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien pour toute question médicale ou médicamenteuse.


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